Cérémonie de clôture du Festival Yarha - Allocution de l’Ambassadeur à l’IFC de Yaoundé (5 novembre 2016)

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Cérémonie de clôture du Festival Yarha - Allocution de l’Ambassadeur à l’IFC de Yaoundé
(5 novembre 2016)

Chers amis,

Je suis très heureux de m’adresser à vous pour la clôture de cette 3ème édition du Festival Yarha. Comme vous, j’ai été conquis par la qualité de la programmation, des intervenants et de tous ces moments que nous avons vécus ensemble depuis samedi dernier.

Les organisateurs, avec une mention spéciale pour Sylvie NWET, les animateurs des ateliers, les participants, les sponsors et tous ceux qui, avec la France soutiennent le Festival, notamment cette année, l’Algérie, la Tunisie, la Turquie, méritent nos applaudissements.
Au terme de cette semaine riche en émotions et en rencontres, je voudrais revenir sur ce qui a fait la réussite du festival, puis vous livrer quelques réflexions sur le cinéma au Cameroun, en l’occurrence celle d’un néophyte ici et d’un cinéphile aussi.

Le succès de Yarha 2016, c’est une très belle sélection de films et également de grands professionnels venus transmettre leur passion à des participants très motivés lors d’ateliers qui ont fait le plein. C’est aussi, une coopération franco-camerounaise exemplaire avec, comme pour les deux éditions précédentes, une mise à disposition gracieuse des murs et des personnels de l’Institut Français de Yaoundé.

C’est enfin, une marraine charismatique, Aïssa Maïga, et des réalisateurs talentueux venus présenter leur 1ère œuvre comme Alphan Eseli et Olivier Lousteau, à un parterre d’amoureux du 7ème art, un parterre qui mériterait d’être encore plus fourni, au regard de la qualité de cette édition.

Cela m’amène à une première remarque. Il y aurait eu sans doute plus de spectateurs s’il restait des salles de cinéma au Cameroun. Le cinéma a connu ici ses heures de gloire avec l’Abbia, le Capitole, le Mfoundi, le Fébé à Yaoundé, le Wouri, le Rex, le Paradis à Douala, l’Empire à Bafoussam.

Aujourd’hui, il ne reste pratiquement plus pour les cinéphiles que nos deux instituts, le Goethe et le complexe de Bolloré dont on attend l’ouverture. Pourquoi cette régression ?
Pour des raisons connues. Le succès de la télévision, puis la multiplication des chaînes et enfin le piratage des bouquets ont rendu obsolète le précédent modèle économique. Cela signifie qu’il y a un modèle à inventer pour relancer le cinéma au Cameroun.

C’est justement l’objet de ma deuxième réflexion : le Cameroun a un potentiel, manifestement sous exploité, pour développer une industrie cinématographique avec une envie réelle des acteurs, des réalisateurs, des producteurs et des autres professionnels de développer une économie du cinéma viable, et d’autre part avec une envie des spectateurs de consommer camerounais. Je reviendrai sur ce point.

La demande d’images progresse partout avec la multiplication des chaînes de télévision dédiées au cinéma, le développement de la vidéo puis du DVD, enfin avec l’apparition de nouvelles formes de diffusion (mobile, vidéo à la demande ...). En conséquence, il n’y a jamais eu autant d’argent disponible dans le monde pour la production de films.
Tout pousse à penser que le développement du numérique avec la TNT et l’internet sous toutes ses formes (portables, tablettes, smartphones…) apporteront ici aussi de nouvelles perspectives en matière de création audiovisuelle et de diffusion.

Encore faut-il pour cela que toutes les parties prenantes, publiques et privées, prennent leur part de responsabilité. Car on ne le répètera jamais assez : le cinéma est certes un art, mais c’est aussi une industrie, avec ses logiques d’organisation des professions qui la composent.

Pour ma part, je suis disposé à aider ces professions à se structurer, à trouver des appuis auprès de nouveaux partenaires, notamment européens et à dialoguer avec d’autres « prescripteurs » de cinéma, à commencer par les chaînes de télévision camerounaises qui ont vocation à le populariser.

J’en viens à une troisième piste de réflexion : la formation professionnelle sur place est insuffisante. Or, rien ne sert d’organiser une profession si ses diverses composantes, pardonnez-moi l’expression, « ne sont pas au top ». Là encore, je m’engage à ce que nos instituts et notre service de coopération poursuivent leur appui aux professionnels camerounais.
Je crois sincèrement que pour attirer à nouveau le public camerounais, rien ne vaudra des œuvres camerounaises de qualité fabriquées par des professionnels bien formés.

Le succès des ateliers de cette semaine, montre qu’il y a une forte demande de formation permettant d’apporter aux différents bénéficiaires les compétences indispensables à la confection et à la diffusion de films traitant de thèmes multiples, utilisant des modes de narration divers et des écritures singulières.

Je voudrais enfin clore cette intervention, avec une dernière remarque qui est loin d’être une boutade : s’il faut former les professionnels du cinéma, il faut aussi former ce public camerounais dont je viens de parler. Il faut lui redonner l’envie d’aller au cinéma.

La France y contribue à sa manière. Je pense au C2D, qui soutient l’activité du Cinéma Numérique Ambulant (CNA) et finance également l’opération de formation « Shoot in Cameroon ». Je pense aussi à nos deux salles numérisées de Yaoundé et Douala, seuls équipements de ce niveau au Cameroun : tout au long de l’année, elles proposent 5 séances par semaine et soutiennent des évènements exceptionnels, comme la Fête du cinéma, ou les différents festivals camerounais, dont celui-ci.

En effet, pour promouvoir efficacement le cinéma, je suis convaincu que rien ne vaut, là encore, le cinéma camerounais pris en main par les Camerounais eux-mêmes. Je pense aux festivals tels que « Ecran noir », « Rencontre Internationale des Films Courts » (RIFIC), « Miss Me Binga » ou « La nuit du cinéma ». Et bien sûr à Yarha, dont je suis si heureux d’assister à la troisième édition. Cette manifestation a vocation avec les autres à rencontrer un succès national et, je l’espère, international.

Car Yarha, pour moi, doit être un lieu incontournable de rencontres et d’échanges, pour quiconque travaille dans le secteur du cinéma et de l’audiovisuel en lien avec l’Afrique et notamment avec l’Afrique centrale. Un lieu pour promouvoir les productions traitant de l’Afrique et de ses réalités, à travers des fictions, des documentaires, des films d’animation, des programmes courts, bref, tous types de production.

Chère Sylvie, Chers amis,

Parions qu’une nouvelle ère démarre pour le cinéma camerounais et que le Cameroun et tous ses amis, vont parvenir ensemble à structurer et à former des professionnels, tout en inventant des contenus, intéressant un public de plus en plus ancré dans un monde connecté et diversifié, mais aussi de plus en plus volatile, imprévisible et exigeant.

Autant de dire que le travail ne va pas manquer pour des hommes et des femmes passionnés de cinéma comme nous le sommes tous ici ce soir.

Je vous remercie et je vous invite à nous retrouver tout à l’heure pour le cocktail que j’aurais le plaisir de vous offrir après la projection.

Dernière modification : 15/11/2016

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