
La question de l’eau est une grande question de notre début du 21e siècle. L’évolution des idées sur les rapports entre l’homme et son environnement en est une autre. Cette conférence a été suscitée et conçue pour présenter une synthèse des travaux de thèse de Doctorat Ph.D que l’auteur a soutenu à l’université d’Aix-Marseille II en France. Après une introduction méthodologique décrivant les modèles et les concepts de l’anthropologie, le conférencier a présenté l’état des connaissances biologiques sur les maladies attribuées à une origine hydrique, notamment les diarrhées d’origines diverses qui représentent un grave fléau dans les pays où l’accès à une eau non polluée chimiquement et bactériologiquement est problématique pour une partie de la population, à commencer par le Cameroun. Il a retracé à cette occasion le mouvement des connaissances sur l’origine des contaminations de l’eau, en rapport avec les modifications de l’urbanisme et les migrations spontanées ou forcées des populations (notamment les « déguerpissements ») encore en cours au Cameroun.
Après une introduction à la géographie et à l’histoire du Cameroun, l’auteur fait un historique très documenté des différentes solutions techniques qui ont été successivement mises en œuvre dans le pays pour améliorer l’accès à une eau de qualité à une population en essor démographique. Il critique les choix opérés dans le passé, en suggérant leur inadaptation au vécu et aux représentations des populations, peu prises en compte dans les projets qui se sont succédé et n’ont pas apporté les résultats attendus. La question de l’eau illustre particulièrement le décalage entre les décisions technocratiques et les attentes et le vécu quotidien des populations.
Une vue de la salle
L’originalité de cette conférence est la partie proprement anthropologique où l’auteur explore en profondeur les usages locaux de l’eau, d’où le titre, en particulier dans le milieu Bamiléké, dont un historique a été présenté. Ces usages dépassent de loin le cadre des pratiques de santé, introduisent à une vision du monde spécifique que l’auteur détaille avec précision et empathie. La méconnaissance de ces usages explique sans les justifier les avatars des politiques sanitaires hydriques. L’auteur revendique de faire œuvre utile en éclairant pour l’avenir les choix des décideurs et des politiques.
Le choix d’une présentation des problèmes sanitaires d’origine hydrique tels qu’ils sont conçus par la biomédecine, avant d’aborder les pratiques de la population, qui expliquent pour l’auteur à la fois la pathologie courante et les difficultés à l’éliminer, implique une différenciation parfois posée a priori entre le savoir scientifique objectif et l’appréhension subjective.
Un soin particulier a été consacré à la transcription des termes linguistiques medumba. Du reste, en dehors de quelques exemples ponctuels issus du Sud-Cameroun, et d’une analyse de l’ulcère de Buruli, la totalité du discours est consacré au monde Bamiléké. L’anthropologie culturelle est très importante lorsqu’on doit s’atteler à la question des maladies hydriques, qui constituent de loin la première cause de mortalité dans le monde. En l’écoutant, on apprend une foule de choses sur les conceptions populaires et leur incompatibilité possible avec les prescriptions de la santé publique. Placée sous la bannière de l’interdisciplinarité apparaît en fait comme presque exclusivement anthropologique. Certes l’auteur s’excuse de n’avoir pas fait d’analyses chimiques ou biologiques des eaux de boisson, au motif que ce travail d’analyse ne relève pas du champ de l’anthropologie.
L’auteur se prononce avec courage en faveur d’une anthropologie qui fournisse aux décideurs et aux bailleurs de fonds des éléments permettant d’améliorer la prise de décision et la compréhension des facteurs épidémiologiques locaux.
Pour en savoir plus, contacter :
DR. NDONKO Peguy, Anthropologue de la sante
Université de Marseille
Email : pegndonko@yahoo.fr Tel : 77 53 92 13
