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Dynamiques de l’urbanisation et sociétés urbaines de Yaoundé

Du 3 au 13 septembre 2011, la Fondation Paul Ango Ela de géopolitique en Afrique centrale (FPAE), appuyée par une subvention de l’Ambassade de France au Cameroun, a réuni des experts français et camerounais autour de son école d’été sur la problématique des dynamiques de l’urbanisation et des sociétés urbaines en Afrique. Ce séminaire de formation était le fruit d’un partenariat de haut niveau entre la FPAE, l’Université Yaoundé I, l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) qui a permis à des équipes de chercheurs, étudiants et praticiens de la ville de mener une enquête de terrain à Yaoundé. Les experts français auprès du Ministère camerounais du Développement Urbain et de l’Habitat (MINDUH) et de l’association des Communes et Villes Unies du Cameroun, l’ONG camerounaise ASSOAL, le bureau d’études urbaines AUGEA, le Fonds spécial d’Equipement et d’Intervention intercommunale (FEICOM) et le MINDUH ont également participé aux travaux.

Le Secrétaire Général du MINDUH, venu ouvrir en personne la cérémonie de restitution de l’enquête, a rappelé l’ampleur de l’urbanisation au Cameroun, un des pays les plus urbanisés d’Afrique avec plus de la moitié de sa population vivant en zone urbaine. La métropolisation, perçue au Cameroun comme responsable de la paupérisation, de l’insécurité ou de la précarisation des conditions de vie des populations les moins solvables, est un sujet de préoccupation grandissant pour le gouvernement de ce pays. En inscrivant le développement urbain dans les priorités du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi et y en consacrant plus d’un tiers du second Contrat de Désendettement Développement (C2D), le Cameroun entend transformer les villes en pôles de production, de consommation et d’innovation. Le Secrétaire Général du MINDUH a insisté sur la nécessité d’investir sur la formation de ressources humaines de haut niveau dans les métiers de la ville. Il a également émis le souhait que les participants français à cette école d’été deviennent, une fois de retour chez eux, les ambassadeurs de la coopération Nord-Sud et les initiateurs de futures collaborations avec le Cameroun.

Olivier Lyébi Mandjek, chercheur à la FPAE, et Marie Morelle, maître de conférences à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, ont rappelé que la ville de Yaoundé était le résultat d’un siècle de politiques de grands projets menées par le gouvernement mais également d’un phénomène d’auto-construction de la part des populations qui, dans les quartiers informels, ont mis en place leurs propres projets de développement. L’urbanisation accélérée des trente dernières années a rendu nécessaire une reformulation des orientations nationales en la matière. Cette évolution se traduit par de nouveaux flux de financements nationaux et internationaux destinés à la gouvernance ou au développement urbain, par un processus de décentralisation destiné à accroître le rôle des maires dans la gestion communale et par la participation accrue des populations à l’amélioration de leurs conditions de vie. En matière d’aménagements urbains, on assiste à une requalification du centre ville, qui englobe désormais plusieurs arrondissements, ainsi qu’à une restructuration des quartiers péricentraux. L’insécurité foncière, les déplacements de population que cela engendre et la présence de quartiers-dortoirs constituent des obstacles certains à la notion « d’identité urbaine » et à l’investissement des populations dans leur habitat. /p>

L’étude a été menée dans quatre quartiers de Yaoundé comprenant des zones à valeur foncière élevée et des zones d’habitat informel. Le premier aspect abordé concernait les modes de gouvernement et de gouvernance en milieu urbain. Les équipes de chercheurs franco-camerounais ont établi que la coexistence d’une multitude d’acteurs aux compétences entremêlées (Ministère du Développement Urbain et de l’Habitat, Délégué du Gouvernement, Préfecture et sous-préfecture, Mairies d’arrondissements, chefs de quartiers, chefs de blocs…) et aux objectifs différents pouvait être cause de confusion et constituer un obstacle pour certaines initiatives de développement. Parallèlement aux autorités institutionnelles, on assiste à l’émergence de nouveaux acteurs non étatiques comme les organisations de la société civile ou les groupements de citoyens. Dans certains quartiers où l’habitat est illégal, comme les bas-fonds marécageux, les populations sont amenées à s’investir personnellement dans l’amélioration de leur cadre de vie. L’absence de politique d’aménagement officielle dans ces quartiers et le déficit communicationnel avec les pouvoirs locaux ont incité les habitants à prendre leurs propres initiatives sans concertation avec les autorités publiques, comme la construction d’un centre de santé privé ou l’aménagement d’un puits de fortune. Si l’on peut comprendre ces initiatives qui répondent à des besoins non satisfaits, on peut également s’inquiéter de la qualité des soins de santé dispensés par des non professionnels, ou de la qualité de l’eau distribuée.

A côté de ces quartiers informels, les autorités veulent faire de Yaoundé une capitale africaine moderne. Ainsi ont-elles initié plusieurs grands projets comme l’aménagement des rives du Mfoundi ou la construction d’une nouvelle route goudronnée pour relier le centre-ville aux quartiers péricentraux. Dans certaines zones à forte valeur foncière, la Communauté Urbaine de Yaoundé encourage la construction de bâtiments à plusieurs étages. On observe ainsi un développement accru des espaces situés le long des principales routes bitumées, où sont implantés les différentes administrations et les principaux commerces.

La ville de Yaoundé est le résultat d’une coproduction des populations et des autorités publiques suivant chacune leurs propres dynamiques avec leurs propres moyens. La mise en place de mécanismes de coordination entre les différentes échelles décisionnelles et opérationnelles de la ville se fait de plus en plus nécessaire avec l’émergence de nouveaux acteurs non étatiques et la multiplication des initiatives informelles. En dépit des efforts considérables réalisés par les autorités publiques pour aménager la capitale, les inégalités entre quartiers centraux et quartiers illégaux restent criantes. Il apparait ainsi opportun d’envisager l’intégration des quartiers illégaux dans les politiques d’aménagement urbain.

Consciente que cette école d’été a soulevé plus de questions qu’elle n’a proposé de solutions, la Fondation Paul Ango Ela souhaite capitaliser sur cette expérience en créant un centre documentaire ouverts aux étudiants et aux chercheurs. Un projet d’observatoire permanent, qui permettrait aux experts de tous les pays de partager leurs expériences et leurs réflexions autour de la ville, est également à l’étude.

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