Repenser l’action publique en Afrique

Fred Eboko, chercheur à l’IRD, politiste et sociologue, était en mission au Cameroun du 22 au 29 octobre 2016.

Trois temps ont occupé cette mission. Une conférence à l’Université de Douala, une émission de télévision et des réunions avec les chercheurs de la Fondation Paul Ango Ela de géopolitique en Afrique (FPAE, Yaoundé).

Une conférence à l’Université de Douala : « Repenser l’action publique en Afrique »

Fred Eboko a présenté le 25 octobre une conférence au département de communication de l’Université de Douala. Le thème : « Repenser l’action publique en Afrique. Du sida à la globalisation des politiques ». L’auditoire était composé d’environ 200 personnes dont des étudiants en master et doctorat et des enseignants de l’Université de Douala.

Fred Eboko a rappelé la genèse de l’analyse des politiques publiques. Ces dernières sont nées suite à la crise financière de 1929 aux Etats-Unis, sous la présidence de Franklin Roosevelt. Ce dernier avait entrepris de mettre en œuvre des politiques sociales d’envergure pour réduire les effets de la crise sur les Américains les plus vulnérables. En plus de grands projets concernant les infrastructures, le New Deal de Roosevelt s’est focalisé sur la création de la sécurité sociale et sur des mesures visant à garantir un minimum de revenus aux chômeurs. Pour mener à bien ces politiques publiques le président américain s’était entouré de conseillers issus de plusieurs disciplines qui formaient ce qui s’est appelé des « Brain Trust ». Ces conseillers étudiaient et évaluaient les politiques publiques que le gouvernement américain tentait de mettre en place. C’est la naissance des « Policy sciences » dont les grands artisans étaient notamment issus des sciences de la communication. Fred Eboko a en profité pour rappeler à l’auditoire que leur discipline (la communication) était donc à l’origine de la sous-discipline de la science politique qu’il représente : la sociologie politique de l’action publique. A ce stade, le conférencier a proposé à l’assistance de voir dans cette genèse une sorte d’homologie avec l’action publique contre le sida en Afrique dans les années 2000. Il a souligné que cette action publique de grande envergure avait inspiré le renouveau de la riposte contre le paludisme et contre la tuberculose, à travers la création de programmes mondiaux. Il a souligné que la grande différence entre le New Deal et la riposte contre les trois grandes pathologies auxquelles le Fonds mondial doit sa naissance est que d’un côté il s’est agi d’une politique publique (nationale) et de l’autre une action publique (transnationale).

Le conférencier a ensuite montré comment il a construit, à travers des projets de recherche collectifs des paradigmes comparatifs. Ces derniers ont consisté à analyser comment des recommandations internationales standardisées ont donné lieu à des trajectoires nationales différenciées. Il a présenté le caractère récurrent de la présence de certaines catégories d’acteurs dans l’action publique en Afrique : une ou plusieurs organisations internationales, les pouvoirs publics nationaux, les ONG et associations, les partenaires privés, les agences de coopération bilatérales. Cette ossature constitue ce que l’auteur nomme « la matrice de l’action publique en Afrique ». A l’intérieur de celle-ci, le chercheur propose que chaque étude tente de comprendre, suivant le secteur, les rapports de force entre acteurs et de situer l’endroit où se trouve le curseur le plus décisif, à un moment « t » de l’élaboration de ladite action publique. Ila a illustré son propos par une comparaison Sénégal, Côte d’Ivoire, Cameroun des instances de coordination du Fonds mondial plus connues sous le signe anglais CCM (Country Coordinating Mechanism). Le politiste a ensuite ouvert le débat sur une comparaison intersectorielle avec l’éducation et la biodiversité. Il a émis l’idée que ce type de comparaisons donne vie à sa proposition d’outil méthodologique présentée précédemment sous l’acception de « matrice de l’action publique en Afrique ».

Le chercheur s’est ensuite soumis au jeu de questions de réponses avec l’auditoire pendant près d’une heure et demie.

Une émission de télévision sur Canal 2 Infos

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Le 26 octobre Fred Eboko a été reçu sur la chaîne de télévision privée Canal 2 Infos, dans l’émission « L’invité ». Les échanges ont porté sur les questions soulevées la veille sur l’action publique en Afrique. L’interview a été réalisée par Junior Haussin. Elle est accessible à partir du lien suivant :

https://youtu.be/abWMNhvf3eY

Des travaux scientifiques sur Gouvernance et Sida

Le reste de la mission de Fred Eboko a été consacrée aux réunions avec les collègues de la Fondation Paul Ango Ela de géopolitique en Afrique (FPAE, Yaoundé) avec lesquels Fred Eboko travaille sur le projet « Gouvernance et sida en Afrique (Sénégal, Côte d’Ivoire, Cameroun) ». Projet financé par l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS, France).

Dernière modification : 15/11/2016

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